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CONTEXTE
Au Burkina Faso, le manque d’infrastructures et de filières de gestion de déchets adaptées au contexte d’expansion démographique provoque la pollution des sols, des cours d’eau et des nappes par l’amoncellement des déchets.
Bien que le gouvernement soit aujourd’hui conscient des risques que les déchets génèrent (sanitaire, alimentaire, environnemental) et sensible aux réflexions et propositions qui permettraient d’en limiter l’évolution, les moyens mis en œuvre ne sont pas suffisants.
A Ouagadougou, compte tenu de sa pauvreté, une grande partie de la population ne peut régler la redevance d’enlèvement de ses déchets à domicile. Les associations de collecte, qui se sont regroupées pour assainir les quartiers, se trouvent confrontées à la nécessité d’agir sans bénéficier des moyens et revenus suffisants. Les déchets non collectés sont rejetés, de manière sauvage dans les rues, dans les caniveaux, dans d’anciennes carrières, brûlés par les habitants ou déversés tels quels dans les champs comme engrais, à la demande d’agriculteurs, entraînant de ce fait une dispersion des très nombreux sachets plastiques et de divers déchets toxiques.
Sur les quelques 600 000 tonnes générées annuellement à Ouagadougou, les services techniques municipaux n’en évacuent qu’un peu plus de 50 %, du fait du coût extrêmement cher de la collecte et de l’enfouissement.
Il est donc aujourd’hui crucial de trouver une solution appropriée et durable pour améliorer les pratiques de gestion des déchets. Une des voies les plus regardées concerne la valorisation des déchets par filière ; les études de caractérisation des déchets ménagers à Ouagadougou montrent que plus de 90% sont valorisables et/ou réutilisables, soit en moyenne :
- 153 000 T/an de terres et de sables qui pourraient servir de remblais utiles,
- 102 000 T/an de fermentescibles, transformables en composts pour la culture et le maraîchage, en substitution partielle d’engrais chimiques importés,
- 15 000 T/an de papiers et cartons, gaspillés alors que le pays manque d’énergie,
- et plus de 12 000 T/an de plastiques réutilisables ou transformables.
Ces constats ont été les points de départ d’un projet financé par l’Union Européenne et intitulé « Stratégie de réduction des déchets de Ouagadougou – Création d’emplois et de revenus par des actions de collecte, de tri et de valorisation ». Lancé pour 36 mois au début 2009 par les Villes de Ouagadougou et de Lyon, les partenaires sont IDS, LVIA et le CREPA et les associés le CEFREPADE, le 2IE et l’Université de Ouagadougou. Ce projet a l’ambition de fédérer tous les acteurs concernés par la filière des déchets (administration, opérateurs de collecte, ménages) autour de nouveaux systèmes, rentables et durables, de gestion du tri, collecte, compostage et valorisation.
ACTIONS DU CEFREPADE
Le projet comporte un certain nombre d’actions, dont la responsabilité incombe aux différents partenaires : amélioration de la collecte et du tri, amélioration des activités de valorisation existantes (plastiques rigides et compostage), création de nouvelles activités de valorisation (sachets plastique et papiers/cartons).
Le CEFREPADE est impliqué dans les actions suivantes :
- Caractérisation des flux des déchets urbains
L’objectif de cette étude est de caractériser et quantifier les déchets produits par catégorie, sur un échantillon de ménages, de façon à évaluer la rentabilité économique de la valorisation par filière, et enfin quantifier les déchets destinés à l’enfouissement.
200 ménages sont amenés à trier leurs déchets en 3 catégories : les déchets fermentescibles, les déchets plastiques et papier/carton et les ordures ménagères restantes. Il faut prendre en compte le fait que certains déchets sont en partie déjà récupérés avant la collecte (métaux, certains déchets fermentescibles).
Une étude de caractérisation couplée à une étude sociologique permettra d’avoir des connaissances précises sur la qualité et la quantité des déchets ménagers produits sur un an, de façon à pouvoir organiser en amont la filière socio-économique des acteurs du tri et de valorisation.
Le centre de collecte et de tri sélectif de Sig Noghin a été inauguré le 30 mars 2010 et fonctionne aujourd’hui grâce au Groupement d’Intérêt Economique APE de l’arrondissement.
- Valorisation des plastiques souples
L'augmentation de la consommation de plastique a contribué à l'accroissement de sa présence dans la nature. Léger, le plastique s'envole au premier coup de vent, jonche les aires des grandes surfaces et le bord des routes. Quand il n'est pas récupéré, le plastique est un désastre : pollution visuelle, problème pour l’infiltration des eaux, intoxication des animaux qui les ingérent, fumée toxique due aux habitudes de brûler les déchets.
Certaines associations (AIRTAE, NEKIETA) ou industries (FASO PLAST, GS PLAST) recyclent le plastique souple, mais leurs actions restent marginales par rapport à la quantité de plastiques présents.
L’action du CEFREPADE au sein du projet est d’accompagner la mise en place d’une filière de valorisation des plastiques souples en pavés ou tuiles, d’une part du point de vue technique (R&D sur les techniques de fusion sable/plastique, mélange et moulage, construction d’un prototype, etc.) en partenariat avec le laboratoire mécanique solide du 2IE (Institut de l’Environnement et de l’Eau), et d’autre part sur les aspects socio-économiques (rentabilité de la filière, organisation des partenariats) avec l’ISIG, école de gestion, pour faciliter l’ancrage des nouveaux produits dans le contexte socio-culturel existant.

- Valorisation du papier et du carton
Le papier et le carton représentent environ 4% des ordures ménagères (d’après les études CREPA 2005). De nombreuses études ont montré la possibilité de valorisation de ces matières en buchettes combustibles : dans les régions isolées en France, des particuliers utilisent ces techniques artisanales et manuelles depuis 100 ans pour se chauffer ; au Brésil, l’Ecole des Mines d’Albi et l’Université de Sao Paulo font des recherches sur les valeurs énergétiques et calorifiques de différents mélanges à partir de papier. A Port-au-Prince, une grande quantité de buchettes est fabriquée chaque jour dans le centre de tri de Carrefour Feuille, celles-ci étant vendues à des particuliers et des entreprises (projet PNUD).
Les procédés restent semblables : le papier et les cartons peu rigides sont mélangé à de l’eau et macèrent dans une cuve pendant au moins 24h. Un mélange de papier, de carton, et parfois d’autres déchets végétaux combustibles est ensuite malaxé et pressé manuellement pour obtenir une pâte, qui est disposée dans un moule. La pâte est comprimée à l’aide d’une presse pour obtenir une bûchette que l’on laisse ensuite sécher au soleil.
Ces expériences, et bien d’autres, montrent que, malgré un procédé de fabrication simple, de nombreux points restent à élucider :
- la fumée est parfois compacte et dense, et sa toxicité n’a pas été analysée ;
- le compactage optimal (manuel, mécanisé...) n'est toujours pas déterminé ;
- le mélange est souvent fait « à la louche » sans étude préalable de son efficacité en termes de combustion et de dégagement de chaleur ;
- les cendres peuvent présenter un risque potentiel dû à la concentration de métaux lourds, des analyses restent à faire pour envisager d’éventuelles utilisations en mélange avec du compost (pratique courante car les sources de potassium sont intéressantes) ;
- le débouché économique reste à évaluer par rapport aux autres produits que l’on trouve fréquemment sur le marché ;
- l’acceptation par les populations locales reste également à définir (comme les pratiques culinaires locales si le produit est utilisé par la population), sous réserve que leur utilisation soit envisageable en cuisine ;
Des études socio-économiques et techniques sont lancées par le CEFREPADE en partenariat avec l’IGEDD (Université de Ouagadougou) et l’ISIG (école de gestion) pour répondre à ces problématiques et mettre sur le marché un produit fiable et correspondant aux besoins de la population.
INTERVENANTS DU CEFREPADE
L’équipe CEFREPADE impliquée dans ce projet est constituée par Pascale NAQUIN (chef de projet en remplacement de Gilles Doublier), Chloé Lecomte (chargée de mission), Martin Yelkouni (chargé des études socio-économiques en lien avec l’ISIG), Hubert-Thierry Mumbe Défonkou (coordinateur local), Joseph Wéthé (correspondant du CEFREPADE au Burkina et Professeur au 2IE), Ousmane Sorgho (Ingénieur au 2IE et Responsable de Enviro-BF), Louis-Edouard Pouget (qui représente le Grand Lyon dans ce projet mais est aussi membre du CEFREPADE).
Ouagadougou (Burkina Faso)